Le rôle des syndicats dans la lutte contre la violence sexiste dans le secteur textile

On estime que 80 % des travailleurs du secteur du textile et de la confection sont des femmes, qui occupent principalement des emplois moins bien rémunérés dans les travaux de couture. Les femmes sont régulièrement licenciées lorsqu’elles tombent enceintes ou lorsqu’elles signalent un harcèlement sexuel.

Les dirigeantes syndicales interrogées ont fait état d’un harcèlement et d’abus sexuels omniprésents dans leurs usines de la part des superviseurs, des directeurs et des techniciens masculins. Les travailleuses sont régulièrement victimes d’attouchements inappropriés, de gestes sexualisés, d’agressions verbales et de requêtes de faveurs sexuelles.

“Souvent, si vous voulez que votre contrat soit prolongé, le superviseur vous demandera des faveurs sexuelles, il est difficile pour les femmes de dire non, car elles veulent garder leur emploi… Quand la machine est en panne et que le technicien vient les toucher, elles ne peuvent pas dire non, car elles veulent que la machine soit réparée pour pouvoir faire leur travail et elles acceptent cela,”

déclare une représentante syndicale d’Indonésie.

Il existe un lien étroit avec des risques accrus de VHBG lorsque les travailleuses sont confrontées à l’insécurité d’emploi en raison de contrats à court terme, de mauvaises conditions de travail, de l’absence de salaire vital, du manque de protection sociale et de l’impossibilité d’exercer leur droit à la syndicalisation et à la négociation collective. Des primes de productivité inaccessibles et des systèmes de travail à la pièce injustes rendent les femmes encore plus vulnérables à la violence et au harcèlement.

Les salaires vitaux, le travail décent et la fin du travail précaire sont d’une importance capitale pour mettre fin à la VHBG dans le secteur de la confection et du textile. En outre, les stratégies visant à alléger les pressions sur la production et à garantir que les femmes ne soient pas contraintes de faire des heures supplémentaires sont essentielles pour mettre fin à la VHBG.

L’absence de systèmes efficaces pour signaler les cas de violence et de harcèlement, ainsi qu’une culture du silence, de l’impunité et de la stigmatisation des victimes, contribuent au faible nombre de plaintes.

“J’ai été victime d’une [agression sexuelle] dans l’ascenseur au travail. Lorsque j’ai porté plainte j’ai été mise à pied par le chef de division, lorsque je me suis plainte auprès de l’administration, ils n’ont rien fait. J’ai alors porté plainte au tribunal et j’attends que cela soit traité. J’ai des problèmes physiques (douleurs aux muscles et aux jambes) et des problèmes psychologiques,”

a rapporté une représentante syndicale du Maroc.

De nombreuses femmes interrogées ont parlé de l’impact positif d’un syndicat ; certaines femmes ont constaté des changements significatifs après la création du syndicat dans l’usine. De nombreux syndicats ont fait de la formation et de la sensibilisation à la VHBG une priorité, ainsi que des négociations et des accords sur le lieu de travail. La présence de femmes aux postes de direction des syndicats a un impact déterminant.

Les entretiens montrent également l’importance des systèmes de plaintes confidentielles auxquels les femmes font confiance et de représentants syndicaux qui puissent signaler des incidents de manière anonyme au nom de leurs membres.

Les femmes dirigeantes interrogées ont formulé d’autres recommandations :

La Directrice d’IndustriALL pour le textile et la confection, Christina Hajagos-Clausen, indique :

“Nous savons que la violence sexiste sur le lieu de travail existe et qu’elle est inacceptable. Cette étude montre l’importance de la participation des syndicats dans la résolution de ce problème et la recherche de solutions.”

 

Pour ce chapitre, des entretiens individuels et de groupe ont été réalisés avec 26 dirigeantes et représentantes syndicales au Salvador (FEASIES), en Indonésie (GARTEKS et SPN), au Lesotho (IDU) et en Turquie (Deriteks, DISK/TEKSTIL, Öz Iplik-Is et TEKSIF). Le chapitre fait également référence à certains des résultats d’une étude parallèle impliquant 27 femmes dirigeantes syndicales au Bangladesh (SGSF, BGIW et IBC) et au Maroc (SNTHC-CDT, UMT).

Illustration : femmes travailleuses au Bangladesh, ©ILO